
Iris Knobloch, présidente du Festival de Cannes et Thierry Frémaux, délégué général. Liste des films en compétition officielle de la 79e édition du Festival de Cannes, qui se tiendra du 12 au 23 mai 2026 Film d’ouverture LA VÉNUS ÉLECTRIQUE de Pierre SALVADORI – Hors Compétition AMARGA NAVIDAD de Pedro ALMODÓVAR HISTOIRES PARALLÈLES de Asghar FARHADI LA VIE D’UNE FEMME de Charline BOURGEOIS-TACQUET LA BOLA NEGRA de Javier CALVO et Javier AMBROSSI COWARD de Lukas DHONT DAS GETRÄUMTE ABENTEUER de Valeska GRISEBACH SOUDAIN de HAMAGUCHI Ryusuke L’INCONNUE de Arthur HARARI GARANCE de Jeanne HERRY SHEEP IN THE BOX de KORE-EDA Hirokazu HOPE de NA Hong-jin NAGI NOTES de FUKADA Koji ( QUELQUES JOURS À NAGI ) GENTLE MONSTER de Marie KREUTZER NOTRE SALUT de Emmanuel MARRE FJORD de Cristian MUNGIU HISTOIRES DE LA NUIT de Léa MYSIUS MOULIN de László NEMES FATHERLAND de Pawel PAWLIKOWSKI THE MAN I LOVE de Ira SACHS EL SER QUERIDO de Rodrigo SOROGOYEN MINOTAURE de Andrey ZVYAGINTSEV Le programme complet https://cdn.festival-cannes.com/media/uploads/2026/04/dp-fr-2026-1.pdf

« L’Oeuvre invisible » de Avril Tembouret et Vladimir Rodionov, avec Jean Rochefort, Anouk Aimée, Jacques Perrin, Edouard Baer, Jean-Claude Carrière et Claude Lelouch. Entre folie et génie, Alexandre Trannoy (1926-1980) est une sorte d’Antonin Artaud du cinéma. Un réalisateur passionné et convaincant, qui a su séduire des producteurs et des acteurs à le suivre dans ses projets, mais qui a surtout réussi l’exploit de ne jamais terminer aucun de ses films. À part le premier, « L’Homme de l’aube » (1954), réalisé tant bien que mal en Italie, et dont les bobines ont été détruites dans un accident juste avant sa projection à Cannes. Tant et si bien que, malgré plusieurs tournages, il ne reste pratiquement aucune trace de la « filmographie » d'Alexandre Trannoy. Alertés par Jean Rochefort sur ce personnage singulier, qui fut son ami, les réalisateurs Avril Tembouret et Vladimir Rodionov se sont mis en quête d’en savoir plus à propos de ce qu'ils considèrent comme « un chapitre oublié de l’histoire du cinéma ». Sans se douter qu’ils s’embarquaient alors dans un périple d’une quinzaine d’années, qui les mènerait, de découvertes en déconvenues, de périodes d’exaltation en périodes de découragement, jusqu’à Hollywood, où Alexandre Trannoy aurait tourné en 1963, dans le désert, les premières scènes, de son film « The Last point », produit par United Artists, avec Marlène Dietrich en tête d’affiche, pour aussitôt… en détruire les rushs ! Comme si son imaginaire étant plus fort que les images qu’il pouvait en produire, le cinéma était devenu pour lui l’unique moyen de réaliser ses propres rêves, à usage strictement privé ? De fait, sur l’écran blanc de ses archives vierges, il n’a rien laissé à destination du public. N’empêche que grâce à quelques rares documents et au témoignages des acteurs, du scénariste et du jeune assistant qui l’ont accompagné dans ses galères, et qui sont devenus célèbres par la suite, Avril Tembouret et Vladimir Rodionov sont parvenus, eux, à mener à bien leur documentaire. Et, compte tenu de leur héros hors normes, disparu mystérieusement lors d’un vol de repérages en 1980, le film qui nous est donné à voir aujourd’hui est proprement fascinant ! https://www.youtube.com/watch?v=c-kdq4sbXrU

« Plus fort que moi » de Kirk Jones, avec Robert Aramayo, Shirley Henderson, Maxine Peake et Scott Ellis Watson. Rien de mieux que le cinéma britannique pour évoquer les problèmes politiques, économiques ou sociaux. Britan…nique la Reine, dirait le héros du film de Kirk Jones, inspiré de l’histoire vraie de John Davidson, un adolescent des années 1980 atteint du syndrome de Gilles de la Tourette ! Si, comme moi, cette maladie neurologique, pleine de tics et de fureur ordurière, vous faisait plutôt sourire, grâce à ce biopic, vous prendrez toute la mesure de ce que cette pathologie, encore largement méconnue à l’époque, a de dramatique pour celui qui en est la victime et pour son entourage, aujourd’hui encore. Un film didactique au bon sens du terme, propre à ce genre cinématographique, qui nous donne à voir et à comprendre à quel degré d’incompréhension et de stigmatisation se heurtent les individus en proie à ce syndrome incurable et le véritable parcours du combattant qu’il leur faut affronter pour trouver un emploi, être reconnu tels qu’ils sont et s’insérer, tant bien que mal, dans la société. Une belle leçon de tolérance, qui change le regard que l’on pouvait avoir sur cette pathologie, rien moins que drôle, même si le film finit plutôt bien. Mentionnons encore la prestation impressionnante de Robert Aramayo dans le rôle de John Davidson adulte. https://www.youtube.com/watch?v=Vt-gdxB5xd4

« Hélène Trésore Transnationale » de Judith Abitbol, avec Hélène Hazera. Il a fallu douze ans à la documentariste-archiviste Judith Abitbol pour tirer le portrait au net d’Hélène Hazera, une personnalité passablement atteinte du syndrome de Diogène ! Une mise en ordre pas évidente, au départ, mais parfaitement réussie, à l’arrivée. Nous offrant ainsi un double portrait. Celui d’une figure emblématique de la libération sexuelle et celui de la génération des années 1970. Ouverte aux cultures du monde et passionnée de la chanson francophone, Hélène Hazera fut, tour à tour ou conjointement : prostituée à Pigalle, situationniste, membre des Gazolines et du F.H.A.R. (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), journaliste à Libération, productrice à France Culture, activiste LGBTQ et initiatrice de la commission Trans et SIDA au sein d’Act Up… Un film historico-politico-culturel tout autant intelligent, qu’émouvant et drôle de la belle Hélène, telle qu’en elle-même, et de la vie parisienne à son époque. Une époque qui fut aussi un peu la nôtre. Edifiant, réjouissant et dénué du moindre excès de nostalgie. https://www.youtube.com/watch?v=r9QpltAUPh0

« Un jour avec mon père » de Akinola Davies, avec Sope Dirisu, Chibuike Marvellous Egbo et Godwin Egbo. Dans une grande maison de la campagne nigériane, avec son frère aîné, un garçon se souvient. Leur mère travaille au village voisin et leur père s’apprête à partir à Lagos, réclamer à son employeur les quatre mois de salaire en retard qu’il lui doit. Tandis que le père s’active durement en usine pour assurer le bien être de sa petite tribu, ses fils lui reprochent d’être toujours absent. Ce jour-là, contre toute attente, il décide de les amener avec lui. C’est, pour eux, l’occasion unique de découvrir la capitale. Et pour nous d’assister, à leur suite, à un double portrait. Le portrait d’une famille et le portrait d’un pays. Un film sous forme de beau voyage dans le Nigéria de la crise électorale de 1993, où les militaires n’hésitèrent pas à saborder le vote démocratique des électeurs, qui leur était défavorable, pour maintenir à tout prix le régime autoritaire au pouvoir. Une journée particulière, tant sur le plan politique que personnel, dont le frère cadet, Akinola, aura bien des raisons de se souvenir, une fois devenu cinéaste… Le jeu expressif des comédiens, une caméra virevoltante, des images syncopées, des situations chaotiques, fortes en émotion, autant de raison pour voir ce film dont la qualité première est, indéniablement, son authenticité. Présenté dans la section Un Certain Regard, « Un jour avec mon père » du réalisateur britanico-nigérian Akilona Davies, 40 ans, a obtenu la Camera d’Or lors du Festival de Cannes 2025. On ne pouvait pas trouver mieux pour ce film au regard si sûr et à la camera virtuose ! https://www.youtube.com/watch?v=iD0k9DB8KsM

« Les Rayons et les Ombres » de Xavier Giannoli, avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva et August Diehl. Un plat riche, goûteux et roboratif à souhait, sans aucune légèreté et présentation propres à la nouvelle cuisine. Une fresque historique de plus de 3 heures, limite indigeste et passablement plombante à l’estomac. Entre Maupassant et Modiano, l’histoire d’un Lacombe Lucien des hautes sphères parisiennes, un Bel Ami opportuniste porté au sommet par la vague collaborationniste initiée par le maréchal Pétain. C’est ainsi que le journaliste Jean Luchaire, un humaniste de gauche pacifiste, et sa fille Corinne, deviendront un patron de presse des plus influents pour l’un et une star incontournable des plateaux de cinéma pour l’autre. Entre caviar et champagne, Dieu que la guerre était belle sous l’Occupation ! Hélas, outre les joies de l’ambition satisfaite, le père et la fille ont en partage la bactérie héréditaire de la tuberculose pulmonaire ! L’occasion pour Jean Dujardin et Nastya Golubeva de nous faire admirer, entre les fêtes mondaines de l’ambassade d’Allemagne de l’ami Otto Abetz et les orgies privées, leurs plus belles toux et leurs plus beaux glaires sanguinolents ! Non, pas tous pourris, semble nous dire le cinéaste Xavier Giannoli, mais, sous la houlette de Victor Hugo, celui-ci tient à nous rappeler qu’en chaque individu, fut-il résistant ou collabo, une part d’ombre et de lumière cohabitent. Hier comme demain. Restons vigilant ! En attendant, depuis la fin de la projection, je n’arrête plus de tousser… h ttps://www.youtube.com/watch?v=f3z46ECvYsk

« Pillion » de Harry Lighton, avec Harry Melling, Alexander Skarsgård, Lesley Sharp et Douglas Hodge. Ray, un superbe biker blond, viril et autoritaire, rencontre Colin, un jeune brun quelconque, prédisposé à la soumission. Dès lors commence entre eux une romance sadomasochiste, sans nuance de ton, où le dominateur, va initier son partenaire aux rites codifiés propres à leur rituel consacré. Une relation particulière où l’adoré, « beau comme un dieu », doit imposer en toute rigueur sa loi à son adorateur consentant. Un amour possible mais strictement non égalitaire, sous peine de dissolution du sentiment amoureux. Premier long métrage du réalisateur britannique Harry Lighton, « Pillion » présenté dans la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes à été récompensé du Prix du scénario. Précisons encore qu’en anglais, le mot pillion désigne la place du passager sur une moto. C’est le terme utilisé pour désigner la personne qui s’assoit à l’arrière. Chez les motards gays, cette place arrière est teintée d’une connotation de soumission. Un scénario drôle, qui pose de bonnes questions et, au bout du compte, plus universel qu’il n’y parait. La problématique évoquée ici étant inhérente en effet au machisme originel qui sous-tend les couples en général, bien au-delà du genre de ses partenaires. Mais, une fois le postulat posé et illustré, le film ne m’a pas pleinement convaincu sur la pertinence de son propos. Probablement pour le manque de goût personnel dans les rapports de force en amour ou en amitié... https://www.youtube.com/watch?v=CKUvav6cJOs

« Le Son des souvenirs » de Oliver Hermanus, avec Josh O'Connor, Paul Mescal, Chris Cooper et Molly Price. C’est l’histoire d’un amour qui ne peut se dire entre deux jeunes hommes qu’une identique passion pour la musique réunit. Tout commence en 1917, lorsque Lionel, jeune chanteur talentueux originaire du Kentucky, quitte la ferme familiale pour intégrer le Conservatoire de Boston. Là, il fait la rencontre de David, un étudiant en composition, tout aussi brillant que lui. Mais leur amour naissant sera brutalement interrompu par l’entrée en guerre des USA dans le conflit mondial. David est mobilisé et envoyé au front en Europe et Lionel réformé à cause de sa mauvaise vue. Les deux jeunes hommes ne se retrouveront qu’en 1920, le temps d’un hiver, où ils sillonneront les forêts et les îles du Maine pour collecter et préserver les chants folkloriques menacés d’oubli. Une parenthèse déterminante dans l’existence de ces deux hommes pudiques, pour lesquels les paroles sentimentales des chansons traditionnelles parlent mieux que leurs propres mots. Un moment inoubliable de partage et de silence, à la suite duquel chacun devra suivre son chemin. Le destin les réunira t-il à nouveau ? Le réalisateur Sud-africain Oliver Hermanus, 42 ans, nous offre ici une romance pleine de chants et de larmes, dans la lignée de « Brokeback Mountain » de Ang Lee, mais où les cowboys cèdent la place à deux musiciens dont les amours homosexuelles s’inscrivent dans un contexte bien antérieur au leur. Un film tout en grâce et sensibilité, porté par deux stradivarius de l’interprétation cinématographique ! https://www.youtube.com/watch?v=iK2IPpICqZg

« Maigret et le mort amoureux » de Pascal Bonitzer, avec Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob et Dominique Reymond. Entre diplomates et aristocrates, un Maigret situé du côté du faubourg Saint-Germain et transposé à l’époque des téléphones portables. Délicieusement désuet et intemporel. Certes, l’énigme à résoudre n’est pas des plus terribles, mais les personnages, bien campés et interprétés, semblent tout droit sortis d’une comédie policière de boulevard. Un Simenon entre Marcel Proust et Sacha Guitry. https://www.youtube.com/watch?v=mbTO74Jdg1E

Les dérives du capitalisme « Marty Supreme » de Josh Safdie, avec Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A’zion, Kevin O’Leary et Abel Ferrara. Le tapage promotionnel et les 9 nominations aux Oscar autour de ce film « à voir absolument » me faisaient craindre le pire. D’autant plus que l’histoire, inspirée des mémoires de Marty Reisman, un prodige new-yorkais du tennis de table des années 1950 n’avait rien de réjouissant en soi. Eh bien, contre toute attente, j’ai été emporté par le tourbillon endiablé de ce film d’action et de pur divertissement nous contant les tribulations d’un jeune Rastignac de la raquette en quête de gloire et de fortune. Porté par un indéniable bagout et croyant en son génie pongétique, notre héros doit affronter successivement ou parallèlement : une mère juive quelque peu abusive ; une petite amie, jeune femme mariée, voulant absolument lui faire endosser sa grossesse ; d’impitoyables hommes d’affaires sans états d’âme ; des sélectionneurs internationaux plus stratégiques que sportifs et même un dangereux mafioso sanguinaire ! Devant la grande machinerie parfaitement huilée de Josh Safdie, son scénario taillé sur mesure avec le concours de Ronald Bronstein, une mise en scène efficace et l’interprétation époustouflante de Timothée Chamalet, mêlant la nervosité d’un Pierre Niney au charme charismatique du jeune Leonardo DiCaprio, je n’ai pu que m’incliner. https://www.youtube.com/watch?v=BiyHSsWZXEs
