« Les Pires » de Lise Akoka et Romane Gueret, avec Mallory Wanecque, Timéo Mahaut et Johan Heldenbergh.
Les régions industriellement sinistrées du Nord et de l’Est de la France, ayant abouti à un véritable phénomène de lumpenprolétarisation des anciennes classes laborieuses, sont de plus en plus le thème principal de films et de romans contemporains, tels les récits auto fictifs d’Édouard Louis, le Prix Goncourt 2018 « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu ou encore les films des frères Dardenne.
Autant de films et de livres où l’aspect sociologique inspire et induit le plus souvent la forme artistique.
Je craignais cependant le pire en allant voir « Les Pires » de Lise Akoka et Romane Gueret.
Cette histoire de casting sauvage et de tournage à la cité Picasso, à Boulogne-Sur-Mer, où les jeunes comédiens non professionnels sont amenés à interpréter in situ des rôles et des situations tirés de leur propre vécu, et qui s’inscrit dans la lignée du vérisme et du néo réalisme italiens ne risquait-elle pas de sombrer sous le poids d’un excès de misérabilisme ?
De fait, durant toute la projection, je n’ai pu me départir d’un sentiment de gène, qui tient plutôt de l’ordre d’un certain voyeurisme.
Aux spectateurs privilégiés, qui va aujourd’hui au cinéma comme on allait jadis au théâtre, n’est-il pas proposé de contempler la misère des autres ?
Ici, celle d’un gamin de 5 ans, Ryan, dont la mère n’est pas en état de l’élever, et qui a été placé temporairement chez sa soeur aînée, Lily, une jeune adolescente enceinte.
Dans l’attente de cette future naissance, l’enfant, qui craint à nouveau d’être affectivement délaissé, ne maîtrise plus ses actes de rebellion et de violence.
Remarquablement incarnés par le petit Timéo Mahaut, blond comme les blés, et Mallory Wanecque, impétueuse Lolita des cités, le film, entre documentaire et fiction, où les réalisatrices sont elles-mêmes représentées à l’écran par un cinéaste émotif et caractériel, aux allures d’ancien SDF, Gabriel (l’acteur flamand Johan Heldenbergh), évite cet écueil.
Distance, autodérision autour de l’équipe de tournage, et empathie pour les personnages emportent le film bien au-delà de tout malaise, justifiant ainsi le Prix Un Certain Regard, reçu au Festival de Cannes 2022, parmi d’autres récompenses, et l’accueil enthousiaste de la critique et du public.
Deux cinéastes et de jeunes comédiens à retenir donc et pour lesquels on souhaite le meilleur pour la suite…
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