« Saint Omer » de Alice Diop, avec Guslagie Malanda, Kayije Kagame, Valérie Dréville et Aurélia Petit.
« Saint Omer » est le premier long métrage de fiction d’Alice Diop, dont le dernier documentaire « Nous » était sorti en salle en février 2022.
Dans son précédent film, la réalisatrice et scénariste d’origine sénégalaise, native de la banlieue parisienne, nous offrait un regard politique et ethnologique sur une large portion de l’Île-de-France, qu'elle filme de façon récurrente depuis sa première caméra, et dans lequel elle avait inséré quelques archives familiales : des images de bonheur de son père et de sa mère, que l’on retrouve dans… « Saint-Omer » !
C’est dire que pour Alice Diop la fiction et la réalité sont toujours étroitement imbriquées.
Pour ce dernier film, multi récompensé à la dernière Mostra de Venise et sélectionné pour représenter la France aux prochains Oscars, elle s’est directement inspiré de l’histoire de Fabienne Kabou, une sénégalaise, doctorante en philosophie, qui abandonna à la marée montante, sur la plage de Berck-sur-Mer, sa fille Adélaïde, âgée de 15 mois.
Un infanticide pour lequel elle fut condamnée en 2016 à 20 ans de prison (ramenés à 15 en appel), par le tribunal de Saint-Omer.
Tout comme Rama (Kayije Kagame), la jeune romancière du film, projection d'Alice Diop dans le film, cette dernière assista au procès de Saint-Omer et en fut pareillement bouleversée.
Se contentant seulement de changer le nom du personnage principal - Fabienne Kabou est dénommée ici Laurence Coly -, Alice Diop s’est attachée à reconstituer, dans le cadre même où ils se sont déroulés, les principaux temps forts du procès d’assises.
Le film est constitué essentiellement de longs plans fixes, où l’accusée, remarquablement incarnée par l’actrice Guslagie Malanda, répond, entre silences éloquents et explications dans une langue châtiée, aux questions précises qui lui sont posées.
Un film épuré, qui n’est pas sans évoquer celui de Robert Bresson, filmant les actes du procès de Jeanne d’Arc.
Le plus sûr moyen peut-être d’accéder au plus près du mystère, quasi insondable, qui nous est donné ainsi à voir et à tenter de comprendre.
Mais peut-on comprendre l’incompréhensible ?
Le Diable probablement, aurait dit Bresson, là où Alice Diop, cinéaste à l’imaginaire plus métissé, nous conte un drame mythologique, à base d’infanticide, de maternité et de rapport conflictuel à la mère, où la rationalité occidentale se trouve intrinsèquement mêlée à la sorcellerie africaine.
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