Tombe d'Hélène Carrère d'Encausse au cimetière du Montparnasse, sous le somptueux manteau de fleurs de ses funérailles.
Elue à l'Académie française en 1990, et au poste de secrétaire perpétuel (elle tenait à l’usage de ce terme au masculin) de l'institution en 1999, Hélène Carrère d'Encausse, née Zourabichvili (1929-2023), historienne et femme politique française d'origine géorgienne, spécialiste de la Russie et du monde slave, fut la première femme à occuper cette fonction.
Morte le 5 août dernier, à l’âge de 94 ans, les funérailles de la célèbre académicienne ont été célébrées en grande pompe à l’église de Saint-Germain-des-Prés, ce vendredi 11 août à 10 h 30, en présence de ses proches et de nombreuses personnalités du monde des arts & lettres et de la politique.
Son cercueil a été conduit ensuite au cimetière du Montparnasse, où elle repose désormais pour l’éternité au coeur de la 27e division, au proche voisinage du cénotaphe de Charles Baudelaire, l’immortel auteur du recueil Les Fleurs du mal dont nous extrayons l'impitoyable poème que voici :
Une charogne
Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Le ventre en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;
Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s’élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.
Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.
– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !
Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !
Texte et photos : © Jacques Barozzi, 13 août 2023.
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