« Juste sous vos yeux » de Hong Sang-Soo, avec Hye-Young Lee, Hae-hyo Kwon et Yunhee Cho.
Toujours aussi littéraires, les films du cinéaste coréen Hong Sang-Soo, minimalistes dans la forme et denses dans le propos, sont plus proches de la nouvelle que du roman.
Quelques scènes et beaucoup de dialogues les caractérisent.
Ainsi qu’une certaine lenteur dans la mise en place et le déroulement de l’intrigue.
Ici, d’un réveil l’autre, Hong Sang-Soo nous conte 24 heures de la vie d’une femme : l’iridescente Hye-Young Lee, dans le rôle de Sangok, une actrice cinquantenaire disparue des écrans depuis de nombreuses années.
Dans l’attente se son déjeuner avec un célèbre réalisateur (Hae-hyo Kwon), qui lui propose de jouer dans son prochain film, on la suit durant son lever et petit déjeuner avec sa soeur (Yunhee Cho) et, le rendez-vous avec le cinéaste ayant été retardé, nous rendons visite sur ses pas à la maison de son enfance.
Une économie de moyens, où l’on découvrira, au détour de la longue conversation qu’elle aura ensuite durant son repas professionnel, que celle-ci est animée d’un double secret.
Un secret factuel, que nous ne dévoilerons pas, et un secret existentiel.
A 17 ans, Sangok avait eu le désir de se suicider, quand soudain, à la gare de Séoul, les gens lui étaient apparus beaux et la vie digne d’être vécue.
Depuis, elle avait la conviction que le paradis existe sur terre, à notre portée.
Il suffit seulement de vivre l’instant présent, sans se soucier du passé et encore moins de l’avenir.
C’est ainsi qu’après un repas particulièrement bien arrosé d’alcool de riz avec le cinéaste, qui lui a promis de faire un film avec elle, cette femme sans mari ni enfant, qui eut son quart d’heure de gloire dans sa jeunesse, puis suivit un homme en Amérique où elle mena une tout autre vie, éclatera de rire lorsque ce dernier lui annoncera le lendemain matin que le film ne se fera pas !
Au cours du repas, Sangok, passablement ivre, avait demandé au cinéaste, un admirateur de quelques années son cadet, s’il avait l’intention de coucher avec elle.
Tout aussi atteint d’ébriété, celui-ci, marié et père d’un garçon, lui avait répondu, à brûle pourpoint, que tel était en effet son souhait.
Le film promis n’est-il pas finalement celui qui se déroule sous nos yeux ?
Un film bien dans l’esprit du cinéma hédoniste de Hong Sang-Soo, où on boit, on mange, on discute, on fume, où on ne se refuse aucun plaisir des sens, et qui nous offre, à cette occasion, un beau portrait de femme bien décidée à ne prendre que les bons côtés de la vie.
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