« N’attendez pas trop de la fin du monde » de Radu Jude, avec Ilinca Manolache, Nina Hoss, Uwe Boll et Katia Pascariu.
Si « les feuilles mortes » du finlandais Ari Kaurismäki, se présente, avec une grande simplicité de moyen et une totale maîtrise, comme un concentré du coeur humain, le film du cinéaste roumain Radu Jude concentre, lui, le coeur inhumain dans toute sa splendide morbidité !
Entre la sortie du bloc communiste et l'entrée dans le giron de l'Europe libérale et consumériste, il semble que pour Radu Jude, l'Enfer existe bel et bien et se focalise désormais sur Bucarest.
Prémonitoire d'une fin du monde généralisée.
Et alors, et après ?
Mettant en parallèle deux destins de femmes, qui finiront par se rencontrer, Radu Jude mélange des scènes d’un long-métrage roumain de 1981, réalisé par Lucian Bratu, avec celles de son propre film.
Dans ce précédent film, en couleur, l’héroïne, Angela, est une femme chauffeuse de taxi à l’époque de la dictature communiste.
Tandis que la Angela de « N’attendez pas trop de la fin du monde » (décapante Ilinca Manolache !) filmée en noir et blanc, est une journaliste indépendante, précarisée à mort et devant travailler 14 à 16 heures par jour pour joindre, tant bien que mal, les deux bouts.
Elle sillonne pareillement que l’autre Angela les rues de Bucarest en voiture, afin de fournir des publireportages à sa boîte de production, commanditées par des multinationales étrangères établies en Roumanie.
Une propagande remplace l'autre.
Si la Angela en couleur nourrissait encore quelques illusions en un avenir radieux, la Angela en noir et blanc, elle, est totalement dépourvue du moindre espoir.
En témoigne l’échantillon des débris d’humanité qu’elle nous donne à voir, dans un Bucarest chaotique, inesthétique en diable et dépourvu de la moindre éthique, où la brutalité et la vulgarité règne en maître entre les individus.
Non, il n’y a plus grand chose à attendre de cette fin du monde programmée, semble nous dire d’une commune voix l’héroïne et le réalisateur de ce film totalement désenchanté.
Ce n’est pas une raison toutefois pour en perdre tout sens de l'humour, bien au contraire !
Un humour roumain, à la Charlie hebdo, particulièrement ravageur et jubilatoire…
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