« Revoir Paris » de Alice Winocour, avec Virginie Efira, Benoît Magimel et Grégoire Colin.
Plus que partout ailleurs, Paris conserve la trace des évènements qui ont forgé sa propre identité.
Sous le moindre pavé de ses rues, l’herbe de ses jardins, les pierres de ses monuments, la capitale garde, plus ou moins secrètement, la trace des sanglants évènements qui l'ont constituée : guerres, insurrections, attentats, crimes…
Autant de drames que rappellent furtivement quelques plaques apposées sur les murs de ses bâtiments mais que le plus souvent la ville a tendance à oublier.
Comme si, elle aussi, à l’égal des humains, par un mouvement naturel de résilience et instinct de survie, les avait digérés !
Aussi convient-il de s’interroger sans cesse, ici ou là, aux diverses époques, pour ne pas oublier ce qui s’est réellement passé.
Telle est la démarche de la cinéaste Alice Winocour pour son film « Revoir Paris ».
Inspiré par l’attentat du Bataclan du 13 novembre 2015, auquel son jeune frère a survécu, elle a décidé d’aborder ce sujet sous l’angle de la fiction, en reconstituant pour ce faire un attentat imaginaire et intemporel.
« Ce qui m'intéresse, ce sont les traces que ça a laissé dans la ville, chez les victimes », a t-elle déclarée à l’occasion de la présentation de son film en compétition dans la catégorie Un Certain regard au dernier festival de Cannes.
Et de ce point de vue, c’est parfaitement réussi.
Au hasard d’un violent orage sur la capitale, Mia (Virginie Efira), qui vit avec un interne des hôpitaux, Vincent (Grégoire Colin), se réfugie dans une brasserie, « L’Etoile d’or », sans savoir que son destin va soudainement basculer.
Avant le terrible attentat qui va s’y commettre, elle a juste le temps de remarquer à une tablée voisine Thomas (Benoît Magimel), qui fête joyeusement son anniversaire avec des collègues de travail.
C’est alors que survient le drame, efficacement filmé par Alice Winocour, tout comme auparavant Paris sous la pluie d’automne.
Après trois mois de convalescence chez sa mère en province, Mia, qui ne se souvient plus de rien, tente de reprendre le cours de sa vie.
En vain, car les choses ne peuvent plus être comme avant.
Elle décide alors d’enquêter sur les lieux de l’attentat afin de retrouver la mémoire des faits, seul moyen possible de renouer avec l’existence ?
Virginie Eferia incarne avec sensibilité l’étrangeté d’être au monde de son héroine à laquelle fait écho Benoit Maginel, grièvement blessé aux jambes, mais qui lui, se souvient de tout et préfèrerait oublier.
Dans une ville qui a retrouvé, comme si rien ne s’était passé, toute son énergie et sa joie de vivre habituelles, ils apparaissent dès lors tels deux fantômes errant au milieu d’un monde de psychiatres, de spécialistes, d’association de victimes, seuls à mêmes de les aider à se reconstruire.
Mia se souvient finalement qu’au moment crucial, un jeune homme en tablier blanc lui tenait la main dans un local de cuisine, où ils s’étaient réfugiés.
L’occasion pour la cinéaste d’aborder un aspect particulier du problème concernant les victimes oubliées de l’attentat : les personnels sans papiers dont ceux qui ont survécu se sont évaporés ensuite dans la nature.
Tel Assane (Amadou Mbow), dont Mia s’inquiète de savoir ce qu’il est advenu de lui.
Elle nous conduit ainsi à sa suite dans les zones de non-droit périphériques de la capitale.
Autant de voies, plus ou moins insondables, explorées par Alice Wincour dans son film afin ne rien oublier…
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