« Nos frangins » de Rachid Bouchareb, avec Reda Kateb, Lyna Khoudri, Raphaël Personnaz et Samir Guesmi.
D’origine algérienne et élevé à Bobigny, Rachid Bouchareb a connu la consécration avec
« Indigènes »(2006).
Hommage aux soldats africains oubliés de l'armée française, le film avait été récompensé d’un Prix d'interprétation collectif attribué à Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila, Samy Naceri et Bernard Blancan, lors de sa présentation au Festival de Cannes, cette année-là.
Rachid Bouchareb, qui s’est fait le chantre d’un cinéma à caractère historique et politique sur le délicat sujet des relations entre la France et l'Afrique du Nord, notamment l’Algérie, revient en force, aujourd’hui, avec « Nos Frangins ».
Consacré essentiellement à l’affaire Malik Oussekine, le jeune franco-algérien mort dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, à la suite d’une intervention des voltigeurs (une brigade spéciale motorisée de la police), le film obéit avant tout aux lois propres à ce genre.
Un genre où l’esthétique est mise au service de la vérité factuelle de l’histoire qui nous est contée.
Bien documenté, reposant sur les témoignages et les documents de l’époque, de ce point de vue là, le film est plutôt réussi.
Il nous en apprend beaucoup et répond avec efficacité aux questions que l’on est en droit de se poser et en suscite bien d’autres.
Son principal mérite et d’avoir remis en lumière le cas du jeune Abdel Benyahia, un autre français d’origine algérienne, tué la même nuit à Pantin par un officier de police : une bavure policière nettement avérée pour le coup et en grande partie occultée par l’affaire Oussekine.
Deux histoires en parallèle d’intégration ratée de deux « frères », de condition sociale différente, l’un Parisien embourgeoisé, et l’autre banlieusard prolétaire.
C’est ainsi que l’on découvre que Malik Oussekine, devenu à son corps défendant le représentant de la génération des étudiants contestataires contre la loi Devaquet, au temps de la première cohabitation Mitterrand/Chirac, n’était pas venu ce soir là au Quartier Latin pour manifester, mais pour se distraire.
Il a été pris au coeur de l’émeute tandis qu’il sortait paisiblement d’un concert dans une boîte de jazz.
Tragique destin pour cet étudiant dans le privé, qui envisageait de se convertir au christianisme et de devenir prêtre !
Tandis qu’Abdel Benyahia, en stage d’éducateur, avait voulu intervenir pour calmer une rixe entre des Yougoslaves, avant d’être abattu par un flic en civil passablement ivre.
L’un devint célèbre après sa mort et l’autre pas…
Autant de questions auxquelles le film de Rachid Bouchareb nous aide à réfléchir et tenter d'apporter les réponses.
Mais au-delà des faits narrés dans ce film mémoriel, on peut se demander en quoi celui-ci, tourné à Bordeaux, avec des comédiens, une équipe technique et un financement essentiellement français, se retrouve à concourir aux Oscars pour le compte de... l'Algérie ?
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