« La Mer au loin » de Saïd Hamich, avec Ayoub Gretaa, Anna Mouglalis et Grégoire Colin.
C’est un très beau film, tout en douceur et en violence contenue, que l’on ne saurait réduire à une simple histoire d’exil et de migration.
Pour son deuxième long métrage, le cinéaste franco-marocain Saïd Hamich nous propose, à travers un scénario superbement ciselé, une narration plus universelle développée sur toute la décennie des années 1990 et organisée autour de trois personnages principaux.
Il y a tout d’abord Nour (interprété par le tendre et lumineux Ayoub Gretaa), natif de Oujda, au nord-est du Maroc, à proximité de la frontière algérienne. Une grande ville loin de la mer, qu’il fuit à 20 ans pour se retrouver clandestinement à Marseille, où il vit de petits trafics en tous genres et mène une vie marginale et festive avec ses amis Marocains.
Il y a ensuite Serge (le trop rare Grégoire Colin, qui montre toute l’étendue de son jeu dans ce rôle de flic ambivalent), un commissaire que Nour, arrêté par la police marseillaise, suppliera de ne pas le renvoyer au Maroc et qui finalement le recueillera chez lui.
Et il y a enfin Noémie, la femme de Serge (l’étonnante Anna Mouglalis à la voix rock) et mère de leur fils unique.
Grâce à ce couple modèle et au sein de cette famille hors normes, où amour rime avec tolérance, Nour va pouvoir construire sa propre identité.
Un film d’initiation sentimentale plus que d’intégration sociale proprement dit, au plus près de la mer et loin de la mère du héros, une femme doloriste qui véhicule tous les interdits culturels et cultuels contre lesquels son fils devra combattre pour accéder à la liberté.
Un film musical et dansant où, se basant sur sa propre expérience, Saïd Hamich semble nous dire qu’il n’y à pas de bonheur sans douleur pour celui qui veut trouver sa juste place sous le soleil…
https://www.youtube.com/watch?v=MGXzahS2XB8
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