« Peter von Kant » de François Ozon, avec Denis Ménochet, Isabelle Adjani, Anna Schygulla et Khalil Gharbia.
Librement inspiré des « Larmes amères de Petra von Kant » de Rainer Werner Fassbinder (l’histoire d’une riche bourgeoise allemande amoureuse d’une jeune mannequine intrigante, 1972), le dernier film d’Ozon, se présente, sous forme parodique, comme un véritable hommage à ce flamboyant représentant du nouveau cinéma allemand, mort en 1982 à l’âge de trente-sept ans.
« Petra, c'est moi », aurait pu dire Fassbinder, pour qui tous les garçons s’appelaient Ali, et, par un phénomène d’inversion du transfert fictionnel, Ozon l’a fait !
Peter Von Kant, réalisateur à succès (éblouissant Denis Ménochet, en gros nounours romantique, larmoyant et dansant, ivre d’alcool et saturé de coke !), qui vit une relation sadomasochiste avec son assistant Karl (irrésistible et mutique Stefan Crepon), va tomber éperdument dingue d’Amir (Khalil Gharbia), un jeune immigré particulièrement sexy auquel il propose aussitôt de devenir son amant, avec la promesse d’en faire une star de cinéma.
Des amours perdantes d’avance, du côté coeur, mais pas pour le cinéma, puisque Peter von Kant retrouve, intactes, toute son inspiration et son énergie créatrice et tiendra son pari !
Tout aussi éblouissante et tout aussi parodique est Isabelle Adjani dans le rôle de Sidonie, l’actrice du premier film de Peter von Kant, devenue une star à Hollywood et qui est restée néanmoins son amie intime.
Etonnante Adjani, telle qu’en elle-même inchangée, qui, à soixante-sept ans, en parait à l’écran largement vingt de moins (il faut dire qu'au générique final, on découvre qu'entre les costumières, coiffeuses, esthéticiennes et diverses assistantes de mademoiselle Adjani, la star ne se déplace jamais sur un plateau de tournage sans son gouvernement) !
Une amitié explosive, où les deux acteurs, dans le huis-clos de l’appartement-studio du cinéaste, peuvent donner libre cour à toute leur théâtrale hystérie.
Une hystérie, géniale et parfois fatigante, tempérée par le jeu plus modéré d’Anna Schygulla, dans le rôle de Mutty, l'incontournable mère de von Kant/Fassbinder.
Là, la muse de jadis est devenu une vieille dame loukoumisée…
Grandeur et misère du cinéma, qui permet à Ozon de nous offrir l’une de ses mises en scène les plus maîtrisées.
https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19596945&cfilm=291310.html
Les Larmes amères, un demi siècle plus tôt !
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