Le cinéma, gage de liberté et de démocratie.
« Coupez ! » de Michel Hazanavicius, avec Romain Duris, Bérénice Bejo, Grégory Gadebois et Finnegan Oldfield.
Après le coup d’éclat du beau discours de l’invité surprise de la cérémonie d’ouverture, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, venu nous redire en direct-différé depuis Kiev en guerre, à la suite de Charlie Chaplin, que la mort du dictateur était d’ores et déjà programmée, le 75e Festival de Cannes s’est ouvert dans un éclat de rires ce 17 mai avec un film de zombies, présenté hors compétition.
Grand pasticheur devant l’éternel écran de nos nuits blanches, Michel Hazanavicius, lui-même pastiche français de Quentin Tarantino, qui avait jusqu’ici déjà beaucoup pastiché : les films d’espionnage (OSS 117, Le Caire nid d'espions), les films du cinéma muet (The Artist), les films de la Nouvelle Vague version godardienne (Le Redoutable)… s’est offert, ce coup-ci, un film d’horreur en toute beauté !
C’est l’histoire d’un réalisateur multicarte au chômage (Romain Duris à son paroxysme) auquel une productrice japonaise commande un film de zombies inspiré d’une célèbre bande-dessinée nippone.
Après quelques instants d’hésitation, celui-ci, qui jouit d’une petite réputation de cinéaste moyen, rapide et pas cher et présente bien des ressemblances avec Michel Hazanavicius himself, à part que lui est plutôt abonné aux succès et à la notoriété internationale, n’hésite pas à embarquer femme (sa compagne et complice Bérénice Bejo) et enfant (sa fille Simone Hazanavicius, jeune postulante à la réalisation) dans l’aventure.
Parodie de “Ne coupez pas !” de Shin'ichirô Ueda (2019), ce film de genre (titré à l’origine « Z (comme zombie) » et rebaptisé en catastrophe pour ne pas heurter la sensibilité des Ukrainiens envahis par les chars russes arborant agressivement la lettre « Z »), qui en épouse apparement toutes les contraintes et n’oublie jamais d’être drôle, est là encore habilement retourné comme un gant, par Michel Hazanavicius, pour devenir à l’arrivée un parfait film d’auteur, dans toute sa singularité.
Outre les codes spécifiques du genre, le cinéaste incarné par Romain Duris doit respecter un sérieux cahier des charges : le film doit se présenter sous la forme d’un plan séquence d’une demi heure. De plus, rien ne doit être changé au scénario fourni par les commanditaires et tous les personnages doivent garder leurs noms japonais !
Moyennant quoi, grâce à la structure en partie double du scénario (le plan séquence du film de zombies dans son ensemble puis, en seconde partie, plus inénarrable encore, son décryptage) et ses personnages aux noms improbables mais bien campés et à double fond, telle Bérénice Bejo, dans le rôle de Nadia, une actrice compagne du réalisateur qui avait renoncé au cinéma et qui finalement acceptera d’incarner la maquilleuse Natsumi, ou Grégory Gadebois dans le rôle d’Hosoda, qui a de sérieux problèmes avec l’alcool, ou encore Finnegan Oldfield, jeune acteur en plein essor et particulièrement capricieux sur le plateau, Hazanavicius réussit à nous donner à voir rien moins que l’exception culturelle française.
Ce n’est pas parce que l’on fait une oeuvre pas sérieuse que l’on n’y apporte pas tout son sérieux !
Remarquable scène, où tous les intervenants du film forment une chaine humaine pour réaliser le plan final aérien de « L’étoile de sang », censée redonner vie aux morts vivants du film…
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