Mari et femme...
Selon qu’elles soient traitées sous l’angle du pur sentiment, comme dans « Aristocrats » de la réalisatrice Yukiko Sode, ou bien qu’elles soient abordées plus frontalement sous celui de la sexualité, comme dans les « Contes du hasard et autres fantaisies » de Ryūsuke Hamaguchi, les petites amoureuses japonaises se montreront tour à tour pleines de tendresse ou de fermeté.
« Aristocrats » dresse le portrait de deux femmes que tout oppose et qu’unit un seul homme.
D’un côté, il y a Hanako (l’émouvante Mugi Kadowaki), toujours célibataire aux approches de la trentaine. Ce qui déplait grandement à sa riche famille tokoïte, qui s’empressera de lui trouver un mari de sa classe et de sa condition sociale et qui, fort heureusement, lui plaira, tant sur le plan physique que moral.
Et de l’autre, Miki (l’intrépide Kiko Mizuhara), une hôtesse de bar provinciale, issue d’une famille modeste, qui s’est installée à Tokyo afin de poursuivre des études qu’elle doit financer par ses propres moyens.
C’est ainsi que Miki, femme libre et indépendante, est depuis plusieurs années la maîtresse de Koichiro (l’élégant et délicat Kengo Kora), qui n’est autre que le tout récent mari de… Hanako !
Sur ce vaudeville bourgeois, adapté du roman « Anoko wa Kizoku » de Mariko Yamauchi, le troisième long-métrage de Yukiko Sode met en scène, tout en douceur et sans heurt, les destins parallèles de ces deux jeunes femmes qui se rencontreront et, chacune à sa manière, oeuvreront pour échapper aux rôles qui leur sont assignés d’avance par une société restée fondamentalement patriarcale dans le Japon moderne contemporain.
Un film subtil, au ton compassé qui, grâce notamment à ce portrait d’une femme sage, n’est pas sans évoquer le cinéma d’Ozu.
..Mari et maîtresse.
Plus brut de décoffrage est le dernier film du réalisateur à succès de « Drive my car », qui nous propose avec ces « Contes du hasard… » un film à sketchs, où les portraits de femmes sont démultipliés et prédominent sur ceux, plus en creux, des hommes.
Ici, les belles japonaises parlent plus crument de la sexualité, et n’hésitent pas à appeler un chat un chat.
Malgré cette modernité de ton, le film de Ryūsuke Hamaguchi, constitué de trois moyens métrages d’une quarantaine de minutes, et qui repose essentiellement sur la dialectique des personnages et le jeu des acteurs, se révèle, paradoxalement, plus traditionnel que le film de Yukiko Sode.
Plus littéraire que « Drive my car », qui était fondamentalement théâtral, ces « Contes du hasard… », non dépourvus de pertinence du point de vue psychologique et sociologique, peuvent paraitre néanmoins un brin bavard, et permettre parfois à l’ennui de prendre le pas sur l’émotion.
Sauf dans le troisième sketch, où deux ex étudiantes japonaises se rencontrent par hasard vingt ans plus tard, et se disent, sous forme de jeux de rôles, et sur fond de panne informatique mondiale, des choses qu’elles n’avaient jamais osé se dire à 20 ans…
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